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Bistrographie

Le bistrot, égérie du mode de vie français, est-il en voie de disparition ? 15% d’entre eux ont disparu entre 2003 et 2011 d’après une étude de l’Insee, une baisse encore plus rapide dans les banlieues et les zones périurbaines que dans les espaces ruraux. C’est pourtant un lieu où se tisse du lien, parfois dans des communes où il est devenu le seul espace d’échanges ouvert : échanger les dernières nouvelles autour d’un ballon de rouge, refaire le monde entre deux Suzes… La baisse du nombre de bistrots est notamment sensible en Bretagne où le Télégramme de Brest a consacré quelques articles sur le sujet.

Grâce à la publication de la base Sirene et de sa version géocodée par Etalab, on peut connaitre les caractéristiques des établissements classés dans la catégorie « débit de boissons » (bars, cafés, discothèques, vendeurs de boissons itinérants) : nom, localisation, effectif, date de création, etc…
Voici donc en rouge les territoires où on trouve un maximum de bistrots pour 10 000 habitants :

Les zones montagneuses (Corse, Massif Central, Pyrénées et Alpes) arrivent en tête devant le centre Bretagne, le Morvan, le Pas de Calais ainsi que quelques zones touristiques (littoral Atlantique, golfe de St-Tropez…). Il est plus difficile de trouver un bistrot ouvert dans le quart Nord-Est du pays, Ile de France incluse, ainsi qu’en Gironde où les vignobles sont nombreux.
Relativement à leur population, les villes sont logiquement moins bien équipées : Lorient arrive tout de même en tête du palmarès avec 18 bistrots pour 10 000 habitants devant Lille et Rouen.
Pour quantifier l’équipement des territoires en bistrots, on pourrait également regarder le temps d’accès (en voiturette sans permis) au débit de boissons le plus proche ou encore la part des communes équipées d’un bistrot comme vu dans l’étude de l’Insee.

Où se désaltérer dans les grandes villes françaises ?

A Paris c’est sur la rive droite que les choses se passent et que les connexions se font. Le sud de Pigalle est le quartier le mieux pourvu avec près de 50 bars accessibles dans un rayon de 200 mètres (cochez la case « densité » pour visualiser l’indicateur) : Châtelet, les quartiers de la porte St-Denis, de la Folie-Méricourt et de la Roquette ne sont pas en reste. Côté rive gauche, les quartiers historiques du 6ème arrondissement résistent. Pour voir l’adresse et l’enseigne de chaque bistrot (s’il a été renseigné par le propriétaire), il suffit de cliquer sur les points rouges.

A Lyon on cherchera en bordure de Saône, au pied de la colline de Fourvière ainsi que dans le 1er arrondissement :

Et à Marseille, surtout dans le quartier de l’Opéra derrière le vieux port :

Les quartiers festifs sont souvent regroupés dans des zones bien spécifiques de nos villes et certaines rues se sont donc fait une réputation dans la concentration impressionnante de bistrots. Le concept de la rue de la soif étant plutôt flou, j’ai tenté de l’objectiver en sélectionnant les rues accueillant plus de 10 bistrots, puis en calculant dans celles-ci la distance à parcourir pour entrer dans chacun des débits de boissons. On suppose que les déplacements entre chaque bar se font en ligne droite (distance euclidienne) mais il est probable que le « zig-zag » (que la distance de Manhattan pourrait approximer) inhérent à un parcours éthylique soit plus proche de la réalité.

Résultat : une cinquantaine de rues en France comptent au moins 10 débits de boissons. La rue de Bourgogne à Orléans en compte 24, un record, mais elle mesure plus d’1 kilomètre de long. Avec un bistrot tous les 7 mètres, la rue Saint-Michel à Rennes est la plus dense du pays, devançant même la rue de Lappe à Paris.

Exemple du calcul de l’itinéraire optimal pour rentrer dans les 17 bars de la rue de Lappe à Paris : un parcours éthylique de 250 mètres, soit un bistrot tous les 15 mètres en moyenne. Rude.
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Enfin voici une brève analyse lexicologique : les noms de bistrots les plus courants. La taille du nom estproportionnelle au nombre d’occurrences :


Si le « café des sports » reste indétrônable, les paris hippiques restent une référence ancrée sur les enseignes de nos bars : le Vincennes, le Longchamp, le Sulky… Les marques de cigarettes aujourd’hui disparues ont aussi légué leurs noms à nos bistrots : le Balto, le Maryland, le Narval, le Marigny…

NB : L’ensemble des traitements ont été réalisés grâce au logiciel R et sont disponibles sur github.

Bonus : les cartes des bistrots sur Lille, Rennes, Bordeaux et Nice :

La platitude

Si les touristes viennent nombreux visiter la France pour ses paysages variés, le relief n’est pas étranger à cette richesse de contrastes. Plus que l’altitude c’est la déclivité qui affecte largement notre perception des paysages. En tout cas, la mienne. Rien ne me désespère plus que les paysages plats à perte de vue (toutes des « mornes plaines », Waterloo comprise) alors que je ne me lasse jamais des panoramas vallonnés voire escarpés.

La BD ALTI de l’IGN renseigne l’altitude sur chaque point du territoire avec une résolution de 75 mètres (on s’en était déjà servi pour calculer à quelle hauteur vivaient les français). On peut mesurer la déclivité à l’aide de l’écart-type calculé sur les points d’altitude de chaque commune, et connaitre ainsi la dispersion statistique de ces points : plus l’écart-type est élevé, plus l’altitude est variée et le paysage vallonné. L’écart-type a l’avantage de ne pas être sensible à la valeur de la moyenne : une commune au même profil topographique, qu’elle soit située à 50 mètres ou 1000 mètres d’altitude, aura le même écart-type. Pour exemple voici le profil topographique de trois communes ayant toutes une altitude moyenne de 100 mètres mais des écarts-types très différents :
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On a l’habitude de regarder uniquement l’altitude moyenne alors que derrière ce chiffre se cache des profils très différents. Pour repérer ces paysages plats ou vallonnés, l’idée est donc de procéder à la comparaison entre l’altitude moyenne par commune et l’écart-type de ses points d’altitude se fait en glissant la barre de gauche à droite :

La discrétisation se fait par quantiles : les 5% de communes les plus basses (en vert foncé) ont une altitude moyenne inférieure à 32 mètres. Parallèlement, les 5% de communes les plus plates (en vert foncé également sur la seconde carte) ont un écart-type inférieur à 4 mètres. Est-ce que ce sont les mêmes ? Loin de là !

De nombreuses communes du littoral méditerranéen (exceptées en Camargue et dans le Roussillon), de la vallée de la Seine ou du Pas-de-Calais sont très basses mais en même temps très vallonnées contrairement à l’Alsace, la Beauce ou la Bresse où l’on trouve les zones les plus plates du pays, pourtant loin d’être les plus basses. Comparer altitude moyenne et déclivité sur le graphique qui suit fait également apparaitre des régions atypiques (survolez les points pour afficher le nom de la commune) :

Des communes du Massif Central (Lozère, Puy-de-Dôme) ou encore des Pyrénées catalanes sont très hautes mais relativement peu escarpées par rapport à leurs homologues alpines ; les communes du littoral corse sont au contraire très accidentées alors qu’elles affichent une altitude moyenne plutôt faible.
Sans surprise c’est Chamonix et son Mont-Blanc qui remporte la palme de la commune la plus accidentée mais Bonneval-sur-Arc en Savoie reste la commune la plus élevée en moyenne. Les Moëres située près de Dunkerque et limitrophe de la Belgique est à la fois la commune la plus plate et la plus basse du pays. Ensuite les communes les plus plates sont situées en bordure du Rhône (Le Bouchage – Isère), sur une île de la Loire (Behuard – Maine-et-Loire) et près de la mal-nommée Saint-Jean-de-Monts (Le Perrier – Vendée) alors que les communes les plus basses sont camarguaises (Palavas-les-flots, Saintes-Maries-de-la-Mer et Aigues-Mortes).
La nature a bien sûr son mot à dire sur le développement des organisations humaines : aménager les transports, l’industrie, la vie, c’est plus facile quand le territoire est plat. Les villes (par commodité on se limite ici aux communes de plus de 50 000 habitants) sont donc généralement plus plates que les petites communes :

Même si certaines villes sont assez hautes, elles restent peu escarpées (Lyon, Dijon, Clermont-Ferrand…) ; seules quelques grandes villes méditerranéennes (Marseille, Toulon, Ajaccio) et surtout Grasse présentent cette particularité. Saint-Etienne et Annecy sont tout de même les villes les plus hautes de France.
D’après mes calculs Calais est à la fois la ville la plus basse (devant Arles) et la plus plate de France (devant Dunkerque). Pourtant sur sa fiche wikipedia c’est Grenoble qui est proclamée ville la plus plate de France, une information qu’on retrouve également ailleurs mais sans indication de la source.
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La ville de Grenoble est située sur un ancien lac glaciaire mais en la regardant de plus près, une petite partie au Nord de son territoire se trouve sur la rive droite très pentue de l’Isère où est perché le fort de la Bastille. En excluant cette surface, l’écart-type de son altitude passe de 35 mètres à moins de 5 mètres, toujours insuffisant pour détrôner Calais de son sommet de platitude. La préfecture de l’Isère est donc probablement très plane, au sens de dépourvue d’aspérités, mais présente un dévers important entre 203 et 227 mètres. Chacun voit le plat à sa porte (mais l’objectiver n’est pas une mince affaire).

Kinonymie

La toponymie, ou l’étude des noms de lieux, est une approche qui peut révéler des enseignements sur nos espaces vécus au quotidien : on peut étudier le nom des rues, le nom des écoles, voici venu le temps de passer à la loupe le nom des cinémas. La liste des 2000 établissements cinématographiques a été ouverte au public par le CNC ici. Après avoir classé les noms en cinq grandes catégories, voici donc le haut du classement des noms de cinémas les plus courants en France :

Devant les noms d’opérateurs plus ou moins historiques (Gaumont, Pathé,Méga CGR, UGC, MK2…) arrive en tête le Rex, vestige d’une époque où les salles de cinémas étaient nombreuses et indépendantes. Après leur apogée dans les années 1950, menacées par la rationalisation et le développement de multiplex hors des centres-villes, le nombre de salles a drastiquement diminué et leur empreinte dans le maillage urbain s’est restreinte comme le montre de façon explicite cette carte sur la ville de Grenoble. Les noms de cinémas attribués à des franchises ont remplacé les noms explicites qui souhaitaient faire rêver le public. Même si beaucoup de ces enseignes aux noms exotiques ont disparu, il en reste encore et les cas les plus intéressants sont regroupés dans la catégorie des ‘noms classiques’ dont le palmarès est détaillé dans ce diagramme :

Il fallait des noms qui claquent pour épater le public, on invoquait tour à tour la puissance et le faste (Palace, Majestic, Royal, Régent, Empire, Aiglon, Elysée, Roc…), le monde du spectacle (Casino, Etoile, Star, Stella, Variétés, Olympia, Lido…), la nouveauté (Moderne, Concorde, Espace, Apollo …), les grandeurs architecturales (Arcades, Colisée, Capitole, Coupole, Nef …), le bonheur (Eden, Paradiso, Paradisio, Utopia, Eldorado…), le vivre-ensemble (Forum, Auditorium, Agora…) ou au contraire l’entre soi (Club, Select, Monciné…). Avec le Familia, les exploitants pouvaient également insister sur le caractère familial de leur établissement afin de garantir aux parents un spectacle adapté aux enfants.
Certains choisissent le vocabulaire du cinéma pour se faire un nom dans l’espace public : Studio, 7ème art, Caméo, Lumières, Cinématographe, Clap, Bobine… ou des références à des films ayant marqué leur époque (Strada, Atmosphère, 400 coups…)

On repère aussi quatre noms latins en bonnes places dans le palmarès : Rex, Vox, Lux et Pax. Il semblerait, même si les sources d’infos sur le sujet sont rares (si un connaisseur peut m’éclaircir, il est le bienvenu), que la première génération de salles portait régulièrement le nom de Lux (lumière), arrivèrent ensuite les Vox (voix) pour signifier le passage du cinéma muet au parlant ou encore les Rex (roi) pour les salles de grande envergure. Et les Pax (paix) pour adoucir les mœurs de cette concurrence acharnée ? Voici une carte pour retrouver ces cinémas, il suffit de survoler le point pour connaitre leur nom exact et la commune d’implantation :


Parfois les exploitants ont à cœur de signifier leur attachement à une ville, à une région, ou plutôt à l’image qu’elles renvoient. Le Paris ou le Normandy sont dans ce cas, le Picardy me semble plutôt être un clin d’œil taquin. Pour répondre à leurs voisins normands, les bretons se distinguent encore par leur fierté régionale avec le Bretagne ou le Celtic. Match nul concernant les immigrés de ces deux régions à Paris puisqu’ils ont tous deux réussi à y nommer un cinéma faisant référence à la patrie d’origine. Enfin, si on trouve la plupart des cinémas Atlantic près de l’océan, on sera peut-être plus surpris de trouver un Mistral à Paris.

Quoi de plus beau que de passer à la postérité sur le fronton d’une salle de cinéma ? Certains ont eu cette chance, les premiers étant assez logiquement les frères Lumière, ingénieurs ayant joué un grand rôle dans le traitement de l’image, ou Georges Méliès, créateur des premiers trucages au cinéma.

On trouve également dans ce classement des acteurs ayant traversé l’âge d’or du cinéma (Gérard Philipe très plébiscité dans les villes communistes, Louis Jouvet, Jean Gabin, Chaplin…) et des réalisateurs (François Truffaut, Max Linder, Jean Vilar…) voire des personnages de fictions (Cyrano, Arlequin). Preuve d’une volonté récente de féminisation de l’espace public, les deux personnalités de ce palmarès toujours en vie sont également les deux seules femmes (Jeanne Moreau et Agnès Varda). Les personnalités avec des liens plus distants voire inexistants avec le 7ème art restent très présents : des personnages historiques dont le mérite est probablement de situer géographiquement la salle de cinéma dans la ville (Jeanne d’Arc, Vauban), mais également des écrivains ou des dramaturges (André Malraux, Marcel Pagnol, Paul Eluard, Molière…). Seules les personnalités apparaissant au moins à 3 reprises sur les frontons des salles de cinémas ont été identifiées mais il en existe beaucoup d’autres.

Les plus gros trous perdus de France

En déambulant dans les campagnes de France on peut vite se retrouver dans un trou perdu isolé de tout. Mais au juste, où sont ces trous perdus ? Autrement dit : où sont les points les plus éloignés de tout lieu habité ?
On s’était déjà servi des données carroyées de l’Insee pour visualiser la france du vide : grâce à elles on connait la population dans chaque carreau de 200 mètres de côté sur tout le territoire de France métropolitaine. On peut les réutiliser pour identifier les plus grands cercles ne comprenant aucun lieu habité, et ici on ne conserve que le plus grand cercle inhabité pour chacun des 96 départements (pour la méthodo, un petit schéma explicatif en fin de post, le tout réalisé comme d’habitude avec R).

    Le palmarès des départements dotés du plus grand cercle inhabité

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C’est donc la Savoie (département 73) qui remporte la palme du plus gros trou perdu : situé au beau milieu du parc de la Vanoise entre deux glaciers, la croix rouge se trouve à 9,5 kilomètres à vol d’oiseau d’un lieu habité (les carreaux habités sont coloriés en noir). Une petite carte en haut à gauche permet de localiser le cercle au sein du département.

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On retrouve ensuite très logiquement des lieux situés en zone de montagne comme le Monte Cinto en Haute-Corse, les environs d’Ax-les-Thermes en Ariège, le massif de Néouvielle dans les Hautes-Pyrénées ou encore le sud du parc des Ecrins dans les Hautes-Alpes. Des endroits parfaits pour être bien peinard.

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Des cas particuliers apparaissent rapidement : dans de nombreux départements les plus grands cercles inhabités sont en fait des camps militaires pas si paisibles que ça, et surtout inaccessibles aux civils (Canjuers dans le Var, Suippes dans la Marne, St Cyr Coëtquidan pour le Morbihan, Souge en Gironde, etc…)

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On trouve aussi des zones difficilement accessibles pour d’autres raisons : ce sont des marais ou des espaces en eaux comme la Camargue ou le lac de Grand-Lieu près de Nantes.

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Dans un grand nombre de cas, on retrouve plutôt des zones de forêt comme dans le Jura (forêt de Chaux) ou en Ille et Vilaine (Brocéliande).

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Un cas un peu particulier : dans la Meuse, six villages ont été détruits durant la bataille de Verdun en 1916 et n’ont jamais été reconstruits. La zone regroupant ces communes dites « mortes pour la France » constitue le plus grand cercle inhabité du département ; le camp de Suippes (cf. plus haut) dans la Marne a été implanté sur le territoire de communes également détruites durant la Première Guerre mondiale.

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Enfin voici les trois départements ayant les plus petits cercles inhabités avec évidemment Paris avec le bois de Vincennes et les Hauts de Seine avec le port de Gennevilliers ; beaucoup plus surprenant, le Gers dispose d’un trou perdu de seulement 1 343 mètres de rayon puisque on trouve dans ce département de très nombreux hameaux peu éloignés les uns des autres maillant finement le territoire.

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Pas de jaloux, la carte interactive ci-dessous permettra de retrouver le plus grand cercle inhabité de votre département :

    Méthodo

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Source : données carroyées disponibles sur le site de l’Insee. Sont localisées uniquement les 62 millions de personnes composant les ménages fiscaux (personnes inscrites sur les déclarations de revenus qui le composent) au lieu de la résidence principale, les contribuables vivant en collectivité et les sans-abri en sont notamment exclus.

Graphiques linéaires géospatiaux

Autant que l’album en lui-même, pierre angulaire de la cold wave, la couverture de Unknown Pleasures est restée dans les mémoires : un article de début 2015 revenait sur la genèse du visuel utilisé sur la pochette de Joy Division. Issue d’une revue d’astronomie, l’image représente les ondes du premier pulsar découvert dans les années 1970.

Le cartographe anglais James Cheshire a édité une carte de la population mondiale en s’inspirant de ce mode de réprésentation et Ryan Brideau a eu la bonne idée de rechercher et de publier le processus permettant de jouer avec ces lignes.

Après quelques adaptations des traitements QGis et du code R, voilà le résultat pour la population de France métropolitaine : chaque ligne approxime la population située sur la latitude correspondante :

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Sans aucune délimitation des coutours administratifs, on reconnait immédiatement les pôles denses (oui, les villes) et les territoires structurés autour d’eux.
Cette visualisation à mi chemin entre le diagramme en ligne et la carte, entre l’isoplèthe et la 3D, n’est peut-être pas la meilleure pour rendre compte précisément des masses de population, mais elle est assez inhabituelle pour nous faire porter un regard neuf sur ces données mille fois vues et revues.

Et pour l’altitude, le résultat est également troublant : on y voit de façon très claire les barrières naturelles des Alpes et des Pyrénées, mais aussi le couloir Rhodanien ou les massifs de moindre envergure (le Perche, les monts d’Arrée…).
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En bonus, une animation créée à partir de la localisation des populations aux recensements successifs de 1968, 1975, 1982, 1990, 1999, 2007 et 2012 : la population des villes françaises s’est largement accrue mais ce n’est pas avec cette visualisation qu’on pourra en faire une analyse détaillée. Par contre, avec un peu d’imagination, on y voit battre le pouls du pays.

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Odonymie des villes françaises

L’odonymie, soit l’étude des noms propres désignant une voie de communication, permet de mieux comprendre l’héritage historique qui se matérialise dans notre quotidien (par exemple dans mon XXème arrondissement).
Analyser la fréquence des toponymes faisant référence aux grandes villes françaises, c’est un peu mesurer l’influence des grandes cités sur le territoire. Si la voie de Paris (principalement des rues, des routes et des places) arrive naturellement en tête du palmarès avec près de 1000 références, on sera peut-être plus étonné de voir Strasbourg et Metz sur le podium des villes ayant le plus de voies à leurs noms. Ici on ne fera pas apparaitre les 2 058 voies de Verdun qui évoquent davantage la bataille de 1916 que la ville située dans le département de la Meuse.

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Saint-Etienne est le seul cas litigieux de ce palmarès puisque certaines rues font plutôt référence au saint qu’à la ville. Seules 99 voies en France ont été nommées en hommage à  Marseille, la 3ème ville de France serait-elle mal-aimée ?

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On peut voir se dessiner les routes nationales reliant la province à Paris, même si on trouve dans l’ensemble des régions françaises (Corse comprise) des voies faisant référence à la capitale.

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Les dédicaces à Strasbourg et Metz sont certes très localisées à proximité de ces villes mais on peut en trouver quasiment dans tout le pays dont un nombre étonnamment significatif sur le pourtour méditerranéen. Lyon est largement boudé dans l’Ouest.

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Dans le duel entre les deux grandes cités du Sud-Ouest, Bordeaux semble bénéficier d’un rayon d’influence plus large que Toulouse.

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Orléans et Reims, pourtant de moindre envergure, possèdent des rues nommées en leur honneur un peu partout dans le pays ; la capitale du champagne jouit d’une belle cote de popularité dans les villes portuaires de l’Atlantique.

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La rivalité entre Rennes et Nantes semble tourner légèrement à l’avantage de la seconde, mais chacune garde son pré-carré territorial.

Source : fichier Fantoir

Une carte céleste des migrations pendulaires

La puissance de R permet de réaliser de jolies cartes en quelques lignes de code : comme l’a expliqué James Cheshire sur son excellent site, on peut par exemple visualiser les migrations pendulaires (entre le domicile et le travail) des millions d’actifs au Royaume-Uni :

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En respectant le même principe, voilà à quoi ressemble la France des navetteurs (avec à Paris comme à Londres une aire d’influence splatialement très étendue) :map_mobpro5b_DB

Un million de lignes reliant les communes de résidence aux communes de travail, proportionnelles au nombre de travailleurs faisant le déplacement, rien de plus sur cette carte. Un aperçu de ces constellations sur une région facilement reconnaissable, à plus grande échelle :

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Ou comment magnifier le train-train quotidien.

Bonus en gifs :
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