Odonymie des villes françaises

L’odonymie, soit l’étude des noms propres désignant une voie de communication, permet de mieux comprendre l’héritage historique qui se matérialise dans notre quotidien (par exemple dans mon XXème arrondissement).
Analyser la fréquence des toponymes faisant référence aux grandes villes françaises, c’est un peu mesurer l’influence des grandes cités sur le territoire. Si la voie de Paris (principalement des rues, des routes et des places) arrive naturellement en tête du palmarès avec près de 1000 références, on sera peut-être plus étonné de voir Strasbourg et Metz sur le podium des villes ayant le plus de voies à leurs noms. Ici on ne fera pas apparaitre les 2 058 voies de Verdun qui évoquent davantage la bataille de 1916 que la ville située dans le département de la Meuse.

stat_nb_villes_voies_v1

Saint-Etienne est le seul cas litigieux de ce palmarès puisque certaines rues font plutôt référence au saint qu’à la ville. Seules 99 voies en France ont été nommées en hommage à  Marseille, la 3ème ville de France serait-elle mal-aimée ?

geo_ordest_Paris_v10
geo_ordest_Strasbourg_v10

On peut voir se dessiner les routes nationales reliant la province à Paris, même si on trouve dans l’ensemble des régions françaises (Corse comprise) des voies faisant référence à la capitale.

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Les dédicaces à Strasbourg et Metz sont certes très localisées à proximité de ces villes mais on peut en trouver quasiment dans tout le pays dont un nombre étonnamment significatif sur le pourtour méditerranéen. Lyon est largement boudé dans l’Ouest.

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geo_ordest_Toulouse_v10

Dans le duel entre les deux grandes cités du Sud-Ouest, Bordeaux semble bénéficier d’un rayon d’influence plus large que Toulouse.

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Orléans et Reims, pourtant de moindre envergure, possèdent des rues nommées en leur honneur un peu partout dans le pays ; la capitale du champagne jouit d’une belle cote de popularité dans les villes portuaires de l’Atlantique.

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La rivalité entre Rennes et Nantes semble tourner légèrement à l’avantage de la seconde, mais chacune garde son pré-carré territorial.

Source : fichier Fantoir

16 réflexions au sujet de « Odonymie des villes françaises »

  1. étude intéressante ; c’est toujours joli les cartographies ;
    mais je ne pige pas trop le déclassement de Verdun ; plus globalement, comment faire la part des choses entre odonymie naturelle et odomynie historique ?
    Ainsi, les places de Strasbourg et Metz sont certainement à mettre sur le compte de l’effet  » Porvinces Perdues » après 1870.
    de même, Orléans et Reims doivent probablement une part de leur audience à Jeanne d’Arc et aux sacres royaux.
    Du même coup, soit on dégonfle leur score (mais de combien ?), soit on prend tout en compte et (horreur !) Verdun pique le maillot jaune à Paris.

    1. Clairement pour les rues de Strasbourg et Metz, on a affaire à des dédicaces à l’Alsace Lorraine perdue en 1970 (plus de 300 « rue Alsace Lorraine » d’ailleurs).
      C’est un classement arbitraire bien sûr mais la dispersion spatiale des rues de Verdun était très spécifique, quasiment aucune à proximité même de la ville, donc ça m’a paru naturel de les retirer.

  2. Merci pour cette analyse et cette cartographie très intéressantes.
    En fait, si on élimine Verdun, considérée comme champ de bataille plus que comme cité on retrouve donc Paris hypercapitale d’un pays centralisé dès l’Ancien régime qui arrive largement en tête …. Viennent ensuite les chefs-lieux perdus et récupérés de la Troisième république (Strasbourg et Metz), puis la capitale des Gaules (Lyon) ; toutes bien présentes sur l’ensemble du territoire. Les capitales de provinces d’Ancien Régime (Pays d’états et d’élections) suivent avec des répartitions plus régionales. C’est clair et spectaculaire.

    Pour les amateurs de toponymie politique un blog scientifique dédié:
    http://neotopo.hypotheses.org/

  3. Cartes et analyses très intéressantes, même si effectivement il me semble une peu arbitraire d’éliminer Verdun. Quand bien sa notoriété odonymique serait due à son passé historique, histoire et géographie ne sont-elles pas soeurs jumelles ? ;-) En outre, Verdun doit beaucoup sa notoriété à l’emprise spatiale de ses combats.

  4. Les initiatives se multiplient pour denoncer le privilege accorde aux hommes dans les odonymes commemoratifs de personnalites des grandes villes occidentales. Autrement dit, il devient de moins en moins supportable que le grand livre commemoratif et identitaire que constitue le repertoire des noms de voies et de lieux accorde un privilege inoui aux hommes et evite meme soigneusement certaines figures feminines. Ce marquage symbolique et materiel du paysage contribuant grandement a la perpetuation de stereotypes patriarcaux.

  5. Les initiatives se multiplient pour denoncer le privilege accorde aux hommes dans les odonymes commemoratifs de personnalites des grandes villes occidentales. Autrement dit, il devient de moins en moins supportable que le grand livre commemoratif et identitaire que constitue le repertoire des noms de voies et de lieux accorde un privilege inoui aux hommes et evite meme soigneusement certaines figures feminines. Ce marquage symbolique et materiel du paysage contribuant grandement a la perpetuation de stereotypes patriarcaux.

  6. L’emergence simultanee d’une preoccupation post-moderne prend donc des formes differentes selon les acteurs qui s’emparent de la question et selon les caracteristiques et la localisation des collectivites qui mettent en ?uvre des politiques dediees. Ainsi un important champ contemporain de la toponymie politique, a savoir la promotion des noms de femmes dans l’odonymie, doit etre etudie en combinaison avec des elements de contexte geopolitique qui permettent d’expliquer les differentes formes que prennent les politiques et les revendications en la matiere.

  7. A Montreal, dans le contexte quebecois, le combat pour la promotion des noms de femmes prend encore une autre forme. Outre les appels au rattrapage en matiere de genre des odonymes a l’occasion des operations de renomination engendrees par les fusions de communes, on note une revendication originale plus qualitative qui porte sur la forme meme des toponymes et de leur inscription paysagere. Il s’agit notamment de la revendication de voir inscrits les prenoms feminins dans les toponymes lies a des personnalites feminines

  8. Pour information, attention à l’utilisation d’un deuxième cas qui pourrait s’avérer litigieux, celui de Toulouse.
    A Rennes par exemple, on fait référence à Louis Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse qui fut gouverneur de Bretagne…
    http://www.wiki-rennes.fr/Rue_de_Toulouse

    Au passage très bon blog où on apprend de nombreux points très intéressants!

    1. Merci ! Je n’avais pas relevé cette subtilité mais c’est exact, pas toujours facile de définir ce qui fait explicitement référence à une ville.

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